Bonjour Fabien, j’aimais bien recevoir votre petite lettre de temps en temps, j’avais l’impression d’être quelque part interpellée, et depuis quelque temps, plus rien.….dommage ! oublié ?
A la lecture de votre livre j’ai essayé de faire un topo me concernant.… Je fais partie de cette génération où les “bons” élèves devaient apprendre d’abord l’allemand, puis le latin et le grec, du coup je n’ai jamais appris l’anglais au lycée. Je me suis donc débrouillée en voyage pour glaner quelques mots et m’en sortais pas mal. Il y a 10 ans je me décidais enfin à prendre des cours avec une association, puis une autre, une 3ème etc, et là catastrophe, j’avais l’impression de ne plus rien savoir et surtout nous lisions et écrivions beaucoup.…
Bilan: blocage en raison du passage d’un apprentissage oral à un écrit; je ne sais plus prononcer les mots que je vois écrits ( contenant ea, fin de verbe ed.…..) je n’arrive pas à employer le bon temps au passé.
j’ai eu dans mes classses de maternelle des petits qui arrivaient notemment de Chine, parlant chinois avec leur maman, anglais avec leur papa et qui en 3 mois parlaient presque couramment français avec les enfants…j’ai donc bien saisi l’importance à la fois du bain de langage et de l’apprentissage oral, ce qui n’est pas une priorité en France dans les apprentissages !!!!
Tout ceci pour dire mon problème à l’heure actuelle : je “patine”, pas de déclic pour vraiment parler anglais, pas mal de découragement, et pourtant j’ai une date butoir maintenant : je pars pour le sud est asiatique en novembre pour aider dans une association de commerce équitable. Bien sûr je me dis qu’une fois sur place je serai bien obligée de parler , mais avec le caractère que j’ai , j’aimerais quand même me débrouiller un peu mieux.…
Help !!!!!! Annie
Bonjour Annie,
Ne vous inquiétez pas pour les petits mails : je ne vous oublie pas!! C’est simplement que j’ai été très pris par diverses choses (déménagement…) et, surtout, que j’ai dû consacrer mon temps libre à d’autres aspects de la gestion du site. Les courriers vont revenir !!
Je vais essayer de vous répondre en rebondissant sur des mots-clés que j’ai relevé dans votre courrier.
SE DEBROUILLER EN ANGLAIS
Tout d’abord, vous partez d’un bilan positif. Se débrouiller à l’étranger, c’est forcément un bon point, par définition. Si vous avez cela en vous, vous allez pouvoir vous en resservir.
Pour ce qui est de la tradition “cours de latin, grec, allemand” et la stratégie de rigueur qui l’entoure, c’est à double tranchant :
D’un côté… Vous avez dû acquérir ce faisant une certaine capacité à décortiquer la langue pour l’analyser et ainsi mieux la comprendre. C’est un atout au sens où cela constitue un pivot, un outil, pour se débrouiller. Je ne recommanderai évidemment à personne d’apprendre ces trois langues pour apprendre l’anglais (trop indirect!!) mais quitte à avoir ces outils, même si c’était il y a une dizaine d’années, autant en être fière, car on oublie jamais vraiment…
De l’autre côté… Le piège de cette école de pensée, c’est de *trop* analyser la langue au lieu de la parler. En sciences cognitives, on retrouve fréquemment le terme “META”. Est “META” ce qui se situe “un niveau au-dessus” ou qui est “à propos de”. Comme la métaphysique est une discipline “à propos” de la physique… ou qu’un “meta-modèle” est un modèle *sur* les modèles. Bref! Ce que j’essaie de dire ici c’est de ne pas trop aller “Meta”. Je veux dire que vos cours de grec/latin/allemand à l’école vous ont sûrement fourni une certaine aise pour parler *de* la langue anglaise. Ce qu’il vous faut peut-être travailler, c’est de vous rapprocher davantage de la langue elle-même. Au lieu de parler *de* la langue anglaise, parlez bien la langue *elle-même*.
(C’est ma première psychanalyse d’une de mes lectrices, j’espère que vous apprécierez! ;) Je plaisante.)
NE PLUS SAVOIR
Vous dites ne plus savoir prononcer “ea” ou “ed”.
D’une, déculpabilisez! “ea” ne se prononce pas de la même manière d’un mot à l’autre. L’orthographe anglaise suit très mal la prononciation. (On aura souvent tendance à dire l’inverse, c’est-à-dire que la prononciation anglaise suit très mal l’orthographe : mais c’est faux!! La langue parlée précède évidemment la langue écrite.)
Quelques exemples de prononciation…
eagle — iiigeu’l
bread — bréd
great — grééét
Il s’agit de brèves illustrations avec les caractères/sons utilisés en français ; écoutez la prononciation réelle sur Answers.com.
Pour ce fameux “-ed”, l’astuce est vraiment beaucoup plus simple qu’il n’y parait. Et il faut relativiser l’importance de sa prononciation : le but est d’être compris.
Si vous dites “WANTED” genre “wanteuud” eh bien, certes, vous aurez un bon gros accent frenchy… mais on vous comprendra sans souci! Ceci dit, obtenir une prononciation nickelle sur “-ed” ne demande pas d’effort : rien à apprendre, juste à “supprimer”.
WANTED — W(A)ANT(e)d
Bon, imaginez ce texte avec un peu de mise en page… Et imaginez donc le ‘e’ à moitié transparent et, SURTOUT, le ‘d’ tout petit par rapport au reste. => Ce que je veux dire : on doit à peine entendre le son ‘e’ et le son ‘-d’ doit être bref et subtil.
WANTED — ” WANT ed’ ”
Là encore réutilisez Answers.com. L’astuce est de bien écouter et, aussi, de voir que le but n’est pas de prononcer toutes les lettres. Cest comme en français à ce niveau : quelqu’un qui dit “au r’voir” (comme tous le monde quoi) ne prononce pas le ‘e’… prononcez de manière similaire le ‘e’ sur “wanted”.
Voilà pour la “réparation rapide”. Ensuite, à terme, les séries TV puis les livres audio, avec un peu de travail sur la prononciation, vont vous rendre tout cela naturel, comme une seconde nature, vraiment.
LE BON TEMPS AU PASSE EN ANGLAIS
On nous a tellement rabâché les oreilles avec la grammaire à l’école, en anglais, que je ne me suis pas attardé dessus pour l’instant. J’ai pourtant une idée de newsletter où le but serait, justement, d’expliquer “l’esprit” des différents temps. (A venir.)
En fait, au passé on pourrait presque utiliser n’importe quel verbe, on se ferait comprendre… Mais la richesse des temps au passé, en anglais, est de renseigner celui qui nous écoute sur notre point de vue et sur l’importance qu’on attache à l’événement passé.
Exemples :
“I’ve been shopping the other day and…”
Ici, on raconte que, l’autre jour, on est allé faire des courses et on sous-entend, en utilisant ce temps, que cela a une conséquence ou, en tout cas, que l’*on veut en venir* à quelque chose, *qui en découle*. Donc la suite de la phrase pourrait être qqch comme “…and you’ll never guess who I’ve met there! It was Brad and…” …or whatever.
L’idée de la forme “I have ” c’est que l’on parle d’un événement qui nous ramène en fait au présent. La suite de la conversation ci-dessus ce serait que Brad il fait ci ou ça maintenant et blablabli blablabla.
Maintenant, l’autre version…
“I went shopping the other day and…”
Ici, on parle vraiment, vraiment, au passé. On a fait des courses, il s’est passé qqch, et on le mentionne mais c’est comme si c’était derrière nous. Ca tient plus du récit passé que d’une introduction à ce qui se passe dans notre vie de nos jours. Donc… La suite de la phrase pourrait être qqch comme “…and I met Brad. He’s moved to blablabla now and…”.
La suite, là, serait certainement une conclusion du type “ben voilà, Brad il fait ça maintenant. Je te le raconte parce que c’est arrivé (mais ça ne change rien à nos vies)”.
Le mot-clef avec les divers temps au passé est donc de savoir “où on veut en venir”.
C’est comme si on avait le “passé passé” (2nd exemple) et le “passé qui nous amène au présent” (1er exemple).
J’essaierai de faire le tour des temps dans une prochaine newsletter… Mais, là aussi, l’idée pour être à l’aise, c’est de ne pas réfléchir en termes techniques de temps (preterit, past perfect ou peu importe) mais plutôt en “formes de phrases”.
Quand un anglophone s’exprime, il ne se dit jamais “Here I’ll use preterit/past perfect/ because…”, évidemment. Tout comme on ne se dit jamais non plus “Là je vais utiliser un futur simple/autre parce que…” ou similaire. Non.
On se dit, en une fraction de seconde, inconciemment, “J’ai le choix entre ces diverses manières d’exprimer mon idée et c’est cette forme qui sort de ma bouche parce que c’est CA que je veux dire”… Car…
Au final, par l’habitude de la langue et la compréhension du SENS qui est associé à chaque forme… On en vient à utiliser la bonne forme de verbe pour exprimer correctement ce que l’on a à exprimer. En somme, il ne faut pas connaître que les diverses formes de temps : il faut tout autant connaître les divers sens que l’on peut donner. Et alors on voit qu’à chaque temps son sens et vice-versa.
Comprendre tous ces temps grammaticalement a son utilité (c’et pour ça que l’on fait de la grammaire français à l’école aussi).
Les utiliser correctement est une question de (bonne) habitude.
PATINE ET DECLIC
Pour la question du fait de patiner et d’avoir un déclic…
Le seul moyen de réussir est de continuer.
Le seul moyen d’échouer est d’abandonner.
Lorsqu’on apprend quelque chose, on passe naturellement par des plateaux où il semble que rien ne bouge… Et puis, parfois, on franchit un cap. De nouveau un plateau un moment… Puis un cap de franchis de nouveau. Et ainsi de suite.
L’astuce consiste alors à ne pas se décourager lors de ces “plateaux” et de garder en tête que le cap, le déclic, se trouve naturellement à l’issu de ce plateau.
Si tu veux, le livre “Mastery”, de George Leonard, traite de ce sujet précis. (Il se trouve facilement sur Amazon.)
Dans tous les cas, sache que tu ne perds pas ton temps. Continue à travailler. Essaye d’être régulière et de te concentrer sur ce qui te pose le plus problème. Lorsque cela est géré, concentre-toi sur ton nouveau plus gros problème (qui sera donc moindre). Et ainsi de suite.
Apprendre une langue est une vraie question de temps. Dès lors que tu peux t’y mettre en mettant du coeur à l’ouvrage et en ayant confiance en toi sur le fait que cela te rapproche de ton objectif, cela devrait aller.
DATE BUTOIR
Avoir une date butoir est excellent. Cela te permet de tout concrétiser. Imagine-toi déjà dans le Sud-Est asiatique à discuter avec les gens.
Travaille ton anglais tous les jours dans cette optique.
Avoir un objectif est ce qui fait la différence entre rêver de faire qqch et le faire effectivement.
CARACTERE
Avec “le caractère que tu as”? Je prends cela comme une confession de perfectionnisme, tu veux assurer là-bas et c’est bien normal.
Donne-toi quand même le droit à l’erreur. On frôle la philosophie là et ce n’est sûrement pas plus mal : les erreurs sont une chance.
J’aime beaucoup l’histoire suivante :
Un jour on a demandé à Thomas Edison s’il n’était pas frustré d’avoir essayé de construire 700 modèles d’ampoules électriques avant d’inventer celui qui marche. S’il n’était pas frustré d’avoir échoué 700 fois.
Sa réponse était simplement :
“I have not failed seven hundred times. I have not failed once. I have succeeded in proving that those seven hundred ways will not work. When I have eliminated the ways that will not work, I will find the way that will work.”
Voilà ce qui s’appelle être téméraire…
Heureusement, ici, on a même pas à passer par 700 essais lorsqu’on fait une erreur en anglais…
Echouer n’est pas un résultat, c’est une impression. Faire une erreur, c’est une simple information sur ce qu’il y a à apprendre ou améliorer.
Lorsque tu fais une erreur en anglais, essaye simplement d’en tirer une leçon. Afin de ne pas la faire une deuxième fois.
Voilà qui conclut mes commentaires pour l’instant… J’espère que cela va se prouver utile pour toi et tiens-moi au courant stp.
A très bientôt et merci de ton courrier!
Fabien